Tumeurs appendiculaires (hors TNE)
Les tumeurs épithéliales appendiculaires sont rares (0,9 à 1,4 % des pièces d’appendicectomie ; les néoplasies neuroendocrines, traitées à part, en représentent 95 %).
Souvent asymptomatiques ou révélées par des douleurs abdominales, une masse ou une perte de poids, elles sont le plus souvent découvertes fortuitement sur la pièce opératoire (≈ 2/3 des cas). Leur enjeu majeur est le risque de pseudomyxome péritonéal (PMP) en cas de tumeur mucineuse perforée. On note une forte association aux néoplasies colorectales (polypes coliques dans 44 % des cas).
La classification PSOGI 2016 distingue : les lésions précurseurs (polypes hyperplasiques, adénomes dentelés) ; les néoplasies mucineuses de bas grade (LAMN) et de haut grade (HAMN) ; les adénocarcinomes mucineux (± cellules en bague à chaton), non mucineux (type colorectal) ; et le goblet cell adenocarcinoma (tumeur mixte à comportement agressif).
Un point clé de la mise à jour 2026 : le corrigendum OMS 2021 a remplacé la désignation « borderline » par « in situ » ; LAMN et HAMN sont désormais des tumeurs malignes in situ ou invasives. La totalité de l’appendice doit être analysée, et une relecture RENAPATH est recommandée en cas de doute.
Une TDM thoraco-abdomino-pelvienne injectée est le seul examen recommandé (grade A), complétée par une coloscopie. L’IRM péritonéale est une option (grade C), utile pour les tumeurs mucineuses. La TEP-FDG n’a pas de place. Les marqueurs (ACE, CA-125, CA-19-9) ont un apport modeste, surtout au suivi.
Il est la base du traitement curatif. Tout appendice distendu doit être manipulé avec précaution (éviter la rupture), avec cytologie péritonéale et extraction protégée. La colectomie droite avec curage (≥ 12 ganglions) s’impose pour les adénocarcinomes mucineux et le goblet cell adenocarcinoma.
Nouveauté 2026 : pour une HAMN non perforée et confirmée par RENAPATH, la colectomie droite n’est plus indiquée (surveillance). En cas d’atteinte péritonéale, une chirurgie de cytoréduction complète (CCR) suivie de CHIP est réalisée en centre expert. Les protocoles de CHIP recommandés associent cisplatine et mitomycine C (90 min, 41 °C) ; alternatives : mitomycine C seule ou oxaliplatine. Une stratégie « wait and see » est envisageable pour les tumeurs de bas grade à envahissement minimal, surtout chez les jeunes femmes.
Réservé aux formes agressives, il repose sur des chimiothérapies à base de 5FU (FOLFOX-4), ± bevacizumab. En maladie non résécable, le palbociclib est une option si mutation GNAS (première cible spécifique identifiée). Les données sur la chimiothérapie péri-opératoire restent discordantes.
TDM tous les 3 à 6 mois pendant 2 ans, puis annuelle 5 ans ; IRM péritonéale en centre expert pour les formes mucineuses. Toute situation complexe doit être discutée en RCP RENAPE.
Analyse complète de l’appendice, relecture RENAPATH, désescalade pour la HAMN non perforée, CCR + CHIP en centre expert pour l’atteinte péritonéale.
Les NNE représentent à elles seules environ 95 % des tumeurs découvertes sur pièce d’appendicectomie.
Les tumeurs épithéliales appendiculaires sont identifiées dans 0,9 à 1,4 % des pièces d’appendicectomie. La mucocèle appendiculaire est diagnostiquée chez 0,2 à 0,3 % des patients opérés. Le mode de découverte le plus fréquent (environ 2/3 des cas) reste la découverte fortuite sur pièce opératoire.
La LAMN est une néoplasie mucineuse appendiculaire de bas grade : épithélium mucosécrétant bien différencié, atypies de bas grade, extension expansive « pushing type » sans infiltration destructrice. La HAMN présente la même architecture mais avec des atypies cyto-nucléaires de haut grade. Toutes deux peuvent, si perforées, être à l’origine d’un pseudomyxome péritonéal.
Le corrigendum de la classification OMS 2021 a remplacé la désignation initiale « borderline » par « in situ » pour les LAMN et HAMN. Depuis 2022, elles sont considérées comme des tumeurs malignes in situ ou invasives, et non plus comme des lésions de potentiel incertain.
Parce que le diagnostic de stade pTis (et donc les décisions de désescalade) n’est fiable qu’après inclusion et analyse histologique de la totalité de l’appendice. C’est un accord d’experts formel. L’atteinte ou l’intégrité de la base appendiculaire doit également être précisée, l’encrage de la section proximale aidant à cette évaluation.
Une relecture par les anatomopathologistes du groupe RENAPATH (TENpath pour les tumeurs neuroendocrines) est proposée en cas de doute diagnostique. Elle est particulièrement décisive pour la HAMN, car sa confirmation conditionne la désescalade chirurgicale (abandon de la colectomie droite).
Une TDM thoraco-abdomino-pelvienne avec injection de produit de contraste iodé est le seul examen recommandé pour le bilan (grade A). Une coloscopie complète est recommandée pour exclure une seconde localisation. L’IRM péritonéale est une option (grade C), utile surtout pour les tumeurs mucineuses.
Non, la 18FDG-TEP n’a aucune place dans le bilan de ces tumeurs, hormis pour caractériser une lésion extra-abdominale douteuse identifiée en TDM (accord d’experts).
Avec une extrême précaution, pour éviter toute extravasation de mucus ou rupture dans la cavité péritonéale. Il faut réaliser une cytologie péritonéale, une exploration complète quadrant par quadrant, et extraire la pièce dans un sac d’extraction sur la ligne médiane (accords d’experts).
Pour les adénocarcinomes mucineux (quel que soit le grade, avec ou sans cellules en bague à chaton) et le goblet cell adenocarcinoma (grade C), avec anastomose iléo-colique, curage et prélèvement d’au moins 12 ganglions. Elle n’est pas indiquée pour les tumeurs de bas grade ni pour les PMP à mucine acellulaire ou de bas grade.
C’est la désescalade phare de 2026 : pour une HAMN non perforée et confirmée après relecture RENAPATH, la colectomie droite n’est plus indiquée (accord d’experts). L’étude RENAPE/RENAPATH sur 443 pièces de colectomie n’a retrouvé aucun envahissement ganglionnaire en cas de HAMN (Dartigues et al. 2025).
La chirurgie de cytoréduction complète (CCR) vise l’exérèse de toutes les lésions macroscopiques ; la chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale (CHIP) n’est réalisée qu’en cas de cytoréduction complète. Elles sont indiquées en cas d’atteinte péritonéale (grade B), en centre expert, et se discutent « en adjuvant » après perforation tumorale ou résection R2.
Le score PCI (Peritoneal Cancer Index de Sugarbaker) quantifie l’étendue de la carcinose en mesurant la taille des lésions dans 13 régions abdomino-pelviennes. Le score CC quantifie la maladie résiduelle après cytoréduction : CC0 (aucun résidu), CC1 (< 2,5 mm), CC2 (> 2,5 mm), CC3 (> 25 mm, en pratique jamais utilisé).
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Le consensus international recommande l’association cisplatine (50–75 mg/m²) + mitomycine C (15 mg/m²), 90 minutes à 41 °C, en 1 ou 3 fractions (grade C). Les alternatives sont la mitomycine C seule (35 mg/m², 90 min, 41 °C, 3 fractions) ou l’oxaliplatine (200 mg/m², 40 °C, 120 min).
C’est une attitude expectative en centre expert, envisageable après appendicectomie chez un patient présentant un envahissement péritonéal minimal ou de la mucine acellulaire réséquée, spécialement chez les jeunes femmes en âge de procréer. Des dosages initiaux normaux d’ACE, CA-125 et CA-19-9 aident à sélectionner ces patients.
Il est favorable : survie globale de 80 % à 3 ans et 81 % à 5 ans, avec une évolution indolente par définition. Le principal facteur indépendant de mauvais pronostic est la résection incomplète ; en cas de R1/R2, une reprise (cæcectomie) est recommandée pour obtenir une résection en zone saine.
Non. Son comportement et son pronostic sont proches de ceux des tumeurs mucineuses de haut grade et des adénocarcinomes non mucineux. Les adénocarcinomes dérivés d’un GCC sont encore plus agressifs (envahissement ganglionnaire 73 %, métastases péritonéales 60 %, survie médiane 38 mois). Une hémicolectomie droite est requise.
Les données sont discordantes et de faible niveau de preuve. Plusieurs études rétrospectives suggèrent des survies plus faibles sous chimiothérapie première, probablement du fait d’un biais de sélection (maladies plus agressives). Deux phases II montrent toutefois un PCI plus faible et davantage de résections CC0. Aucun essai randomisé ne tranche.
Le palbociclib en cas de mutation GNAS (avis d’experts). Une étude mono-bras sur 16 patients a montré une décroissance de l’ACE chez 13 d’entre eux et 50 % de patients stables à 1 an. C’est la première cible moléculaire spécifique identifiée dans les tumeurs mucineuses appendiculaires.
Par TDM thoraco-abdomino-pelvienne tous les 3 à 6 mois pendant 2 ans, puis annuelle pendant 5 ans. Un suivi par IRM péritonéale peut être proposé en centre expert (bas grade), et au moins annuel avec TDM thoracique pour les PMP de haut grade. Pas de dosage systématique de marqueurs, sauf pour les pseudomyxomes péritonéaux.
FAIRE |
1. Soumettre la totalité de l’appendice à l’examen histologique. |
2. Demander une relecture RENAPATH en cas de doute, notamment pour confirmer une HAMN. |
3. Adopter la classification PSOGI 2016 pour toutes les tumeurs appendiculaires. |
4. Manipuler tout appendice distendu avec une extrême précaution. |
5. Réaliser une cytologie péritonéale et une exploration complète quadrant par quadrant. |
6. Extraire la pièce dans un sac d’extraction, sur la ligne médiane. |
7. Réaliser une TDM thoraco-abdomino-pelvienne injectée en première intention. |
8. Compléter le bilan par une coloscopie à la recherche d’une seconde localisation. |
9. Prélever au moins 12 ganglions lors d’une colectomie droite. |
10. Confirmer qu’une HAMN est non perforée avant de renoncer à la colectomie droite. |
11. Réserver la colectomie droite aux adénocarcinomes et au goblet cell adenocarcinoma. |
12. Adresser toute atteinte péritonéale à un centre expert RENAPE pour CCR + CHIP. |
13. Établir et consigner le score PCI de Sugarbaker dans le compte-rendu opératoire. |
14. Limiter les gestes à une biopsie péritonéale pour confirmer le diagnostic. |
15. Éviter les biopsies des coupoles diaphragmatiques. |
16. Envisager une stratégie « wait and see » chez les jeunes femmes en âge de procréer. |
17. Réserver la chimiothérapie systémique aux formes agressives (peu différenciées, bague à chaton). |
18. Rechercher une mutation GNAS pour discuter le palbociclib en maladie non résécable. |
19. Discuter chaque situation complexe en RCP RENAPE spécialisée. |
20. Assurer une surveillance TDM structurée (3–6 mois pendant 2 ans, puis annuelle 5 ans). |
21. Considérer le grade de la maladie péritonéale comme déterminant pour la prise en charge. |
NE PAS FAIRE |
1. Se contenter d’échantillons partiels : le diagnostic de stade pTis en dépend. |
2. Décider seul d’une chirurgie lourde sans confirmation experte de l’histologie. |
3. Mélanger des terminologies obsolètes ou contradictoires dans le compte-rendu. |
4. Provoquer une rupture ou une extravasation de mucus dans le péritoine. |
5. Négliger l’exploration péritonéale sous prétexte d’une imagerie normale. |
6. Extraire la pièce sans protection, au risque d’un ensemencement pariétal. |
7. Prescrire une 18FDG-TEP en routine : elle n’a pas de place ici. |
8. Oublier le côlon alors que l’incidence de néoplasie colorectale associée est élevée. |
9. Se satisfaire d’un curage insuffisant qui sous-stadifie la maladie. |
10. Réaliser une colectomie droite systématique pour une HAMN non perforée confirmée. |
11. Opérer d’une colectomie droite une tumeur de bas grade ou un PMP acellulaire. |
12. Tenter une cytoréduction complexe hors d’un centre spécialisé. |
13. Omettre de décrire précisément l’atteinte péritonéale et son schéma. |
14. Entreprendre des exérèses larges non planifiées lors de la découverte per-opératoire. |
15. Biopsier le diaphragme au risque d’une perforation pleurale et d’une dissémination. |
16. Imposer une chirurgie radicale immédiate à une maladie de bas grade très limitée. |
17. Administrer une chimiothérapie de principe à une tumeur mucineuse de bas grade. |
18. Ignorer le profil moléculaire alors qu’une cible spécifique existe désormais. |
19. Prendre des décisions thérapeutiques isolées pour ces tumeurs rares. |
20. Doser systématiquement les marqueurs tumoraux hors pseudomyxome péritonéal. |
21. Se fier uniquement au grade de la tumeur primitive en cas de discordance. |
La chimiothérapie hyperthermique intrapéritonéale (CHIP) reste une modalité thérapeutique complexe, entravée par une très forte hétérogénéité technique : diversité des agents cytotoxiques, des doses, des températures, des durées de perfusion et des méthodes de délivrance. Cette variabilité — plus de 60 protocoles différents rien que pour les métastases péritonéales colorectales — génère des résultats inconstants d’un centre à l’autre, rend impossible la comparaison des données et fragilise la crédibilité même de la méthode. Le PSOGI (Peritoneal Surface Oncology Group International) et le RENAPE (réseau français des tumeurs rares du péritoine) ont donc entrepris d’harmoniser les pratiques mondiales en produisant des recommandations consensuelles fondées sur les meilleures preuves disponibles et l’avis d’experts.
Le processus a reposé sur une évaluation systématique de la littérature via le système GRADE, une méta-analyse comparant chirurgie + CHIP versus chirurgie seule (essais randomisés et non randomisés), avec pour critères principaux la survie globale et la morbidité postopératoire sévère. Le consensus proprement dit a été établi selon un processus Delphi en deux tours réunissant plus de 140 experts internationaux, avec un taux de participation d’au moins 71 %. Une section distincte a recueilli l’opinion des experts pour les questions dépourvues de preuves solides. L’article passe ensuite en revue chaque pathologie.
Pseudomyxome péritonéal (PMP). Quatre-vingt-quatre pour cent des panélistes recommandent fortement la CHIP après cytoréduction complète. Les protocoles retenus associent cisplatine (75 mg/m²) et mitomycine C (12,5 mg/m²). Le protocole mitomycine C haute dose (35 mg/m², « Dutch protocol ») bénéficie aussi d’un fort soutien (89 %), malgré un profil de toxicité défavorable. Le seul essai randomisé disponible (Levine) comparait oxaliplatine et mitomycine C, avec des résultats similaires mais une meilleure qualité de vie sous oxaliplatine.
Mésothéliome péritonéal (DMPM). Le cisplatine est la pierre angulaire, particulièrement efficace associé au thiosulfate de sodium intraveineux pour prévenir la néphrotoxicité. La combinaison cisplatine + doxorubicine émerge comme la plus efficace, offrant la meilleure survie à long terme avec une toxicité maîtrisée ; elle est recommandée en première ligne après cytoréduction complète (cisplatine 50 mg/m² + doxorubicine 15 mg/m²).
Cancer épithélial de l’ovaire. L’essai OVHIPEC-1 a démontré un bénéfice de survie du cisplatine ajouté à la cytoréduction d’intervalle, qui devient le régime préféré. La CHIP n’est recommandée en pratique qu’après cytoréduction d’intervalle ; après cytoréduction primaire ou en situation de récidive, elle reste réservée aux essais cliniques. Le cisplatine est l’agent privilégié (durée minimale 60 min, température minimale 41 °C).
Métastases péritonéales colorectales (PM-CRC). L’essai PRODIGE-7 n’a montré aucun bénéfice de survie de la CHIP oxaliplatine haute dose et courte durée, avec davantage de complications. Il en résulte un consensus négatif fort contre ce protocole (55,7 %) et un basculement vers la CHIP à base de mitomycine C (protocole hollandais : 35 mg/m², 90 min, 3 fractions), bien que les preuves de supériorité restent limitées. Les auteurs soulignent que l’échec de PRODIGE-7 pourrait tenir à la brièveté de la perfusion et ne condamne pas définitivement l’oxaliplatine.
Cancer gastrique. Les données poolées suggèrent un avantage de survie de la CHIP en situations prophylactique et curative (HR 0,52), sans surmorbidité, mais avec un faible niveau de preuve. La combinaison cisplatine 75 mg/m² + mitomycine C 12,5 mg/m² est recommandée. La prudence s’impose car les études sont anciennes, antérieures aux traitements systémiques modernes.
Le consensus privilégie le système fermé (températures plus stables, moindre contamination ; 82,3 % des experts), tout en laissant le choix au chirurgien. L’hyperthermie est fortement soutenue (débat entre 41-42 °C et 42-43 °C). Sont recommandés : quatre cathéters d’afflux, au moins trois sondes thermiques, un dosage en mg/m² avec un volume de perfusat de 2 L/m², des drains prophylactiques et un lavage abondant post-cytoréduction. Le tableau récapitulatif fixe pour chaque drogue dose, fractionnement, durée, température et solution vectrice (par exemple mitomycine C 35 mg/m², 3 fractions, 90 min, 41-42 °C).
La cytoréduction complète reste la clé de voûte du traitement ; la CHIP demeure une thérapie adjuvante utile pour le PMP, le mésothéliome, les cancers colorectal, ovarien et gastrique. Malgré des preuves souvent de faible niveau, ce consensus constitue une avancée majeure vers la standardisation, condition indispensable à l’audit multicentrique et à la recherche future. Les auteurs insistent sur l’apport prometteur des organoïdes et du profilage moléculaire pour l’optimisation à venir des protocoles.
Cet article est la source directe des protocoles de CHIP retenus dans le TNCD pour les tumeurs appendiculaires et le PMP (association cisplatine-mitomycine C, alternatives mitomycine C seule ou oxaliplatine.
La néoplasie mucineuse appendiculaire de haut grade (HAMN) désigne une tumeur épithéliale rare de l’appendice caractérisée par une invasion de type « pushing » (expansive, refoulante) et des atypies cyto-nucléaires de haut grade, sans invasion destructrice. Son statut reste débattu : l’AJCC (8ᵉ et 9ᵉ éditions) recommande de la stadifier comme un adénocarcinome appendiculaire invasif, et non selon la catégorie pTis réservée à la LAMN, en supposant un risque de récidive et de dissémination ganglionnaire supérieur. Cette hypothèse a conduit à traiter la HAMN par colectomie droite, comme l’adénocarcinome. Or les données sont rares et contradictoires, et l’on ignore si une simple appendicectomie (comme pour la LAMN) ne suffirait pas. L’objectif de l’étude était donc de comparer les caractéristiques clinicopathologiques, le risque de métastases ganglionnaires et péritonéales, et le devenir à long terme des patients HAMN par rapport aux LAMN et aux adénocarcinomes appendiculaires, tous traités par au moins une hémicolectomie droite avec curage.
Il s’agit d’une étude multicentrique rétrospective issue du registre observationnel RENAPE, incluant 443 patients opérés entre 1995 et 2021 dans 32 institutions françaises : 246 LAMN, 34 HAMN et 163 adénocarcinomes appendiculaires. Tous avaient bénéficié d’une colectomie droite avec curage ganglionnaire. La relecture histologique a été assurée par les pathologistes experts du groupe RENAPATH. La perforation appendiculaire (pT4a) était définie par l’atteinte de la séreuse (mucine cellulaire ou acellulaire). Les métastases péritonéales étaient gradées selon la classification OMS (grade 1 bas grade ; grades 2-3 haut grade avec ou sans cellules en bague à chaton). Étaient exclus notamment les goblet cell adenocarcinomas, les tumeurs neuroendocrines et les appendices non inclus en totalité. Survie globale (OS) et survie sans progression (PFS) ont été estimées par Kaplan-Meier et comparées par test du log-rank.
L’âge médian était de 56,5 ans, avec une majorité de femmes (56,4 %). Les patients LAMN étaient plus jeunes.
Ganglions — le résultat central. Des métastases ganglionnaires ont été identifiées chez 17,8 % des adénocarcinomes (29/163), mais chez aucun patient LAMN ni HAMN (0/246 et 0/34). Ce résultat est particulièrement solide car tous les cas avaient bénéficié d’un curage, avec en moyenne 14,8 ganglions analysés dans le groupe HAMN.
Dissémination péritonéale. La HAMN se comportait, sur ce plan, différemment de la LAMN : une proportion significativement plus élevée de métastases péritonéales de haut grade (grade 2-3) était observée en cas de HAMN (63 %) et d’adénocarcinome, contre seulement 13 % pour la LAMN. Le grade de la tumeur primitive était donc corrélé au grade de la maladie péritonéale.
Survie selon la perforation — la distinction clé. Chez les patients avec perforation (pT4a), la LAMN offrait une OS et une PFS supérieures à celles de la HAMN et de l’adénocarcinome ; la HAMN perforée se rapprochait alors du comportement de l’adénocarcinome (PFS médiane 55,4 mois). En revanche, chez les patients sans perforation, LAMN et HAMN avaient une OS (P = 0,042) et une PFS (P = 0,012) significativement meilleures que l’adénocarcinome, avec un pronostic très favorable et comparable entre elles.
Ces résultats contredisent la position de l’AJCC. Ils suggèrent que la HAMN non perforée a le même comportement oncologique que la LAMN, et non celui de l’adénocarcinome, plaidant pour le maintien de la classification pTis et pour un traitement par appendicectomie seule. L’absence totale de métastase ganglionnaire, même en cas de HAMN perforée, remet en question l’intérêt d’une colectomie droite systématique. Les auteurs insistent sur un préalable indispensable : l’analyse de la totalité de l’appendice pour exclure formellement une invasion destructrice (desmoplasie, glandes infiltrantes) qui ferait requalifier la lésion en adénocarcinome. En cas de HAMN perforée avec dissémination péritonéale, le pronostic est plus défavorable que la LAMN mais la maladie bénéficie du traitement standard (cytoréduction complète + CHIP).
Les limites tiennent au faible effectif de HAMN (n = 34), au caractère rétrospectif, et au faible nombre de HAMN confinées à l’appendice (biais de sélection).
Cet article est la source directe de la désescalade thérapeutique 2026 du TNCD : c’est lui qui justifie l’abandon de la colectomie droite systématique pour la HAMN non perforée confirmée par RENAPATH, en apportant la première démonstration, sur une large série avec curage exhaustif, de l’absence d’envahissement ganglionnaire.
Les néoplasies mucineuses du tube digestif , le plus souvent d’origine appendiculaire, ont une propension à métastaser au péritoine, réalisant une carcinose mucineuse péritonéale (PMC). Un sous-groupe porte des mutations de l’oncogène GNAS, fréquemment associées à une mutation KRAS. Le pronostic de ces PMC GNAS-mutées est généralement défavorable et la réponse à la chimiothérapie cytotoxique reste médiocre : au relapse après cytoréduction + CHIP, il n’existe aucun standard, et les patients reçoivent des protocoles de type cancer colorectal malgré des différences génomiques majeures (APC et TP53 rares dans le cancer appendiculaire, contrairement au côlon). GNAS code la sous-unité alpha stimulatrice de la protéine G (Gαs), qui signale via l’AMP cyclique et la protéine kinase A. Partant d’une observation initiale de réponse durable chez un patient, l’objectif de l’étude était d’évaluer l’efficacité clinique du palbociclib, un inhibiteur de CDK4/6, en monothérapie, chez des patients atteints de PMC GNAS-mutée.
Il s’agit d’une étude de cohorte prospective monocentrique à bras unique (essai PREDICT, thérapie personnalisée, NCT02478931), incluant 16 patients traités par palbociclib pour une PMC entre 2016 et 2022. Tous ont bénéficié d’un profilage génomique (tissu et/ou ADN tumoral circulant) par séquençage nouvelle génération. La tumeur primitive était appendiculaire chez 13 patients, pancréatique chez 1, inconnue chez 2. Onze cas étaient de bas grade, 5 de haut grade (dont 2 adénocarcinomes mucineux). Douze patients sur 16 (75 %) avaient progressé sous au moins une ligne antérieure ; 81 % avaient déjà reçu une CHIP. Le palbociclib était débuté à 150 mg/j (21 jours sur 28). La réponse était évaluée par les marqueurs sériques (ACE, CA19-9, CA125), par imagerie selon le mpRECIST (RECIST péritonéal modifié, jusqu’à 5 lésions), et par le ratio PFS2/PFS1 (un ratio ≥ 1,3 étant considéré comme un bénéfice). Un volet préclinique reposait sur des cultures ex-vivo de tranches tumorales organotypiques et une analyse in-silico DepMap.
L’âge médian était de 61 ans, 69 % de femmes. Des mutations KRAS et/ou GNAS ont été retrouvées chez 88 % des patients (les deux chez 12/16).
Concernant les marqueurs : l’ACE a diminué de plus de 10 % chez 13 patients (81 %), avec une baisse ≥ 30 % chez 11 patients (69 %) et ≥ 50 % chez 6 patients (38 %). En imagerie, à 12 mois, 8 des 10 patients évaluables présentaient une maladie stable (dont 7 avec une réduction numérique des mesures mpRECIST) : 50 % des patients évaluables étaient stables à 1 an, dans une population lourdement prétraitée. La survie sans progression à 1 an était de 56,2 % et la survie globale de 81,2 % ; la médiane de survie globale n’était pas atteinte à 17,6 mois de suivi médian. Six des 11 patients évaluables (55 %) avaient un ratio PFS2/PFS1 ≥ 1,3, témoignant d’un bénéfice supérieur à la ligne antérieure. Le cas emblématique (patient #13) illustre la spécificité de la réponse : normalisation de l’ACE, remontée à 300 % à l’arrêt du traitement, puis nouvelle normalisation à la reprise. La tolérance était bonne (principal effet : fatigue de grade 3 chez 3 patients).
Sur les cultures de tranches tumorales, le palbociclib réduisait de 37 fois l’incorporation d’EdU (marqueur de prolifération) dans les cellules épithéliales appendiculaires, de façon dose-dépendante. L’analyse DepMap identifiait le palbociclib parmi 7 agents (sur 174) à sensibilité accrue en présence de mutation GNAS. En élargissant à d’autres tumeurs mucineuses GNAS-mutées (appendice, IPMN pancréatique, cancer colique mucineux), les auteurs confirmaient que les tumeurs mucineuses GNAS-mutées avaient une prolifération basale plus faible et une sensibilité significativement supérieure au palbociclib par rapport aux tumeurs GNAS sauvages.
En comparaison historique, la chimiothérapie n’obtenait qu’environ 20 % de réponses des marqueurs (essai capécitabine-mitomycine C) et 14 % dans les formes GNAS-mutées ; le palbociclib fait donc nettement mieux. Le mécanisme lie la mutation GNAS à une dépendance au CDK4/6. Les limites tiennent au faible effectif, à l’absence de bras contrôle, à l’hétérogénéité des lignes antérieures et à un possible biais de sélection. Les auteurs proposent d’évaluer le palbociclib en situation adjuvante après cytoréduction complète des PMC de bas grade.
Cet article est la source directe de l’option palbociclib retenue dans le TNCD 2026 pour les tumeurs appendiculaires mucineuses non résécables avec mutation GNAS, première cible moléculaire spécifique identifiée dans cette maladie.
Généralités et épidémiologie (0:05 – 0:12, 7 min)
Classification PSOGI 2016 et entités histologiques (0:12 – 0:28, 16 min)
Grading et stadification (0:28 – 0:40, 12 min)
Les trois situations cliniques de découverte (0:40 – 0:48, 8 min)
Explorations pré-thérapeutiques par imagerie (0:48 – 1:00, 12 min)
Traitement chirurgical : principes et techniques (1:00 – 1:18, 18 min)
Traitement médical (1:18 – 1:35, 17 min)
Stratégies selon la situation (1:35 – 1:52, 17 min)
Lecture commentée des algorithmes décisionnels (1:52 – 1:58, 6 min)
Conclusion et messages clés (1:58 – 2:00, 2 min)
Diapositive 1 — Tumeurs appendiculaires (hors TNE)
d’après les recommandations TNCD / RENAPE (mise à jour du 18/06/2026)
Dr Cécile Dupont, Dr Pierre Durand
Diapositive 2 — Objectifs et cadrage du cours
Introduction générale
Diapositive 3 — Généralités et épidémiologie
Des tumeurs rares au retentissement péritonéal
Diapositive 4 — Classification PSOGI 2016 (1) — Précurseurs et LAMN
Lésions précurseurs et néoplasie mucineuse de bas grade
Diapositive 5 — Classification PSOGI 2016 (2) — HAMN et adénocarcinomes
Du haut grade à l’infiltration destructrice
Diapositive 6 — Point clé 2026 — Reclassification « borderline » → in situ
Un changement de paradigme diagnostique
Diapositive 7 — Goblet cell adenocarcinoma (GCC)
Une entité mixte à part
Diapositive 8 — Grading et stadification (TNM / AJCC 9e édition)
Corréler tumeur primitive et maladie péritonéale
Diapositive 9 — Exigences anatomopathologiques
La rigueur du compte-rendu conditionne la stratégie
Diapositive 10 — Les trois situations cliniques de découverte
Chaque situation impose des enjeux distincts
Diapositive 11 — Bilan pré-thérapeutique par imagerie
TDM en première ligne, IRM en complément
Diapositive 12 — Traitement chirurgical (1) — Appendicectomie carcinologique
La chirurgie, base du traitement curatif
Diapositive 13 — Traitement chirurgical (2) — Colectomie droite et désescalade 2026
Adapter l’étendue de la résection à l’histologie
Diapositive 14 — Traitement chirurgical (3) — Cytoréduction (CCR) et CHIP
Le traitement de l’atteinte péritonéale en centre expert
Diapositive 15 — Protocoles de CHIP — consensus international 2026
Recommandés par le consensus PSOGI/RENAPE
Diapositive 16 — Traitement médical (1) — Contexte palliatif
Chimiothérapies à base de 5FU et thérapies ciblées
Diapositive 17 — Traitement médical (2) — Contexte péri-opératoire curatif
Néoadjuvant et adjuvant : des données discordantes
Diapositive 18 — Indications (1) — Tumeur mucineuse de bas grade (LAMN)
Entre surveillance et reprise chirurgicale
Diapositive 19 — Indications (2) — HAMN et adénocarcinomes mucineux
Tropisme péritonéal et désescalade ciblée
Diapositive 20 — Indications (3) — GCC, adénomes et atteinte synchrone
Des situations particulières à codifier
Diapositive 21 — Indications (4) — Traitement médical
Néoadjuvant, adjuvant et maladie non résécable
Diapositive 22 — Algorithmes décisionnels
Trois arbres selon l’histologie
Diapositive 23 — Algorithme 1 : Tumeur découverte sur pièce d’appendicectomie
Orientation selon l’histologie
Point de départ : Pièce d’appendicectomie (+ coloscopie systématique). L’orientation se fait selon l’histologie, en quatre branches :
Diapositive 24 — Algorithme 2 : Néoplasie mucineuse (LAMN / HAMN)
Découverte sur pièce d’appendicectomie
Point de départ : LAMN et HAMN (+ coloscopie / scanner). Deux branches selon la perforation :
Diapositive 25 — Algorithme 3 : Adénocarcinome sur pièce d’appendicectomie
Hors stades pTis
Point de départ : Adénocarcinomes. Deux branches selon la perforation :
Diapositive 26 — Surveillance post-thérapeutique
Modalités et rythme du suivi
Diapositive 27 — Messages clés et changements 2026
Synthèse de la mise à jour du 18/06/2026
Orientation selon l’histologie
PIÈCE D’APPENDICECTOMIE (+ coloscopie systématique)
├─► LAMN et HAMN ──────────────► voir ARBRE 2
├─► Adénocarcinomes ──────────► voir ARBRE 3
├─► Goblet cell carcinoma
│ └─► Atteinte péritonéale ?
│ ├─ NON ──► Colectomie droite
│ └─ OUI ──► Maladie résécable ?
│ ├─ OUI ──► CCR + CHIP
│ └─ NON ──► Chimiothérapie palliative
└─► Adénomes festonnés / polypes hyperplasiques
└─► Résection complète ?
├─ OUI ──► Pas de surveillance
└─ NON ──► Cæcectomie
Découverte sur pièce d’appendicectomie
LAMN et HAMN (+ coloscopie / scanner)
├─► NON PERFORÉ
│ ├─► Résection complète ?
│ │ ├─ OUI ──► Surveillance
│ │ └─ NON ──► Cæcectomie
│ └─► Mésoappendice envahi ?
│ ├─ NON ──► Surveillance
│ └─ OUI ──► Résection iléocæcale
├─► PERFORÉ / maladie résiduelle (HAMN)
│ └─► Maladie résiduelle ?
│ ├─ NON ──► Surveillance
│ └─ OUI ──► CCR et CHIP
└─► LAMN + mucine acellulaire ──► Surveillance
Hors stades pTis
ADÉNOCARCINOMES
├─► NON PERFORÉ
│ └─► Colectomie droite complémentaire
│ ├─ N– ──► Surveillance
│ └─ N+ ──► Chimiothérapie systémique
└─► PERFORÉ
└─► Maladie résiduelle au scanner ?
├─ NON ───────► CCR et CHIP « adjuvante » à discuter
├─ OUI ───────► Maladie résécable ?
│ ├─ OUI ──► CCR + CHIP
│ └─ NON ──► Chimiothérapie palliative
└─ INCERTAIN ──► Chimiothérapie préopératoire
Podcast — Tumeurs appendiculaires (hors TNE)